L’enseignant possède un rôle crucial pour développer l’engagement des étudiants dans leur apprentissage. Parmi les outils qu’il possède pour cela figurent :

  • Son propre engagement (attitude positive et ouverte, envie d’enseigner)
  • le langage utilisé (est-il à la portée des étudiants, est-il incitatif ?)
  • la manière d’adapter le lieu (la salle de classe ou autre) à l’activité d’apprentissage
  • l’usage du travail de groupes avec des formats variés (binômes et plus)
  • l’art du questionnement pour développer la réflexion de tous et simultanément
  • et la manière de récompenser à sa juste valeur l’effort.

Cependant, l’apprenant est aussi soumis à une autre influence de taille, celle des pairs. Cela est particulièrement vrai durant l’adolescence où la construction de son « individualité » rend l’élève fragile et influençable.

L’influence des pairs peut être très bénéfique. Selon M. Richardson (2010) :

 « None of us is as smart as all of us – a safe, confidential and trusting peer group can be a powerful process for innovation, helping with opportunities, problems, challenges and issues of all shapes, sizes and descriptions. »

Nous devons donc faire en sorte de promouvoir cette influence positive des pairs.

Mais avant d’envisager les moyens de le faire il faut être conscient du potentiel négatif voire dévastateur des groupes de pairs. En effet, les éléments instables des groupes de pairs ont tendance à asseoir leur domination sur les plus faibles par l’intimidation verbale ou physique, qui peut déboucher sur de l’agression du même type. Des recherches montrent également l’importance de la pression des pairs dans la consommation de drogues, tabac ou alcool. Une majorité d’adolescents commence à fumer, boire ou à se droguer sous la pression (ou influence) des membres de leur groupe de pairs (scolaires, sportifs ou de jeux, de voisinage…). Bien entendu, la famille joue aussi un rôle important en servant potentiellement de modèle, l’influence pouvant être aussi bien positive que négative (exemple des parents fumeurs).

Pour autant, cette interaction sociale de pairs peut être un puissant levier de développement si elle s’inscrit dans une logique positive d’apprentissage.

  1. Zuckerman (1998) indiquait dans son livre « The scientific Elite » que plus de la moitié des lauréats américains au prix Nobel ont suivi les cours d’un enseignant lauréat de ce même prix. L’enseignant a donc un rôle crucial pour établir une ambiance positive d’apprentissage. Pour cela il devra :
  • Comprendre les relations de groupe et les personnalités individuelles pour favoriser les comportements positifs et décourager l’intimidation et l’étiquetage (du style « gros béta ! »),
  • Etre attentif au comportement individuel et surtout à l’évolution des comportements (un changement de comportement peut révéler un « mal être »)
  • Engager ses étudiants dans des taches complexes (mais du niveau d’étude) pour mobiliser l’énergie du groupe dans un but constructif
  • Ecouter le plus possible plutôt que parler en permanence
  • Placer ses étudiants en situation d’apprentissage actif
  • Faire participer le groupe au processus décisionnel (les règles de collaboration, les critères d’évaluation, l’intolérable…). Les étudiants, responsabilisés dans leur rôle, font même preuve de zèle dans l’application des règles qu’ils ont contribué à mettre en place.

La mise en application de ces principes permet la construction d’une ambiance de travail positive, la déqualification des comportements intimidants, la valorisation du « travailler ensemble » et du relationnel. Cela ne se décrète pas, doit se travailler au quotidien sur la durée et doit être envisagé à l’échelle d’une équipe pédagogique ou même d’un établissement (mise en place d’une politique anti-harcèlement).

Une fois les influences néfastes des groupes de pairs canalisées, les enseignants peuvent se concentrer sur les activités de groupe pour en exploiter le potentiel formateur.

Pour illustrer mon propos, voici quelques exemples d’interactions (collaboration entre pairs) que j’aime mettre en place au sein de mes cours :

  • Le groupe décide (ou du moins négocie avec moi) de ce qui doit être évalué et quand,
  • Je laisse parfois le choix entre 2 ou 3 thèmes de cours d’une fois sur l’autre,
  • Les questions complexes que je pose font souvent l’objet de discussions en binôme avant que je désigne le rapporteur de la réponse (pour impliquer tout le monde dans la réflexion et faire travailler la coopération, la négociation, l’aptitude à débattre…),
  • Lorsqu’un étudiant a correctement fini son travail, il aide ses camarades. Cela me permet de passer plus de temps avec chacun, de valoriser l’étudiant-assistant, d’inciter le groupe à s’engager dans la tâche et aussi de comprendre le rôle de formateur. Mes étudiants prennent ainsi l’habitude de s’entraider et développent rapidement une solidarité dans l’effort.
  • Je lance aussi des challenges autour des diverses méthodes pour arriver à un même but et les inciter à produire différentes solutions à un problème. Qui terminera le premier ? Ne pas oublier de montrer (valoriser) les diverses méthodes et pas seulement la meilleure. Cela permet d’engager tout le monde, et pas seulement le détenteur de la méthode la plus performante. Enfin, je laisse chaque étudiant montrer sa méthode aux autres,
  • Lorsque je lance un travail à produire à la maison, je fais passer un étudiant au tableau pour qu’il explique sa démarche au groupe qui le critique en retour. Cela améliore le taux de réalisation du travail demandé.
  • Tout travail réalisé est l’objet d’une critique constructive de groupe où le travail de chacun est analysé dans un but de progression. Cette habitude développe l’esprit critique et une facilité à solliciter l’avis de ses pairs.
  • J’utilise les scénarii pédagogiques de l’exposé et du jeu de rôle pour donner du sens et mettre en situation d’interaction particulière (travail sur un sujet, préparation aux soutenances, négociation imprimeur/graphiste ou employeur/postulant…).
  • Enfin, l’enseignement est structuré autour de projets pédagogiques pluridisciplinaires d’envergure, permettant aux apprenants de développer des compétences autour de productions de groupe. La cohésion de l’équipe pédagogique s’en trouve renforcée et l’enseignement trouve du sens.

Pour conclure, je pense qu’avec l’expérience, un enseignant prend confiance en lui et peut se permettre de faire des « expériences pédagogiques » ! Il en ressort qu’enseigner est une activité qui consiste à placer ses étudiants dans une situation favorable à « faire apprendre », et non pas seulement à « transmettre oralement ». Il m’aura fallu des années de pratique pour comprendre qu’il fallait que je parle moins, que j’écoute davantage et surtout que je fasse faire (en groupe si possible) au lieu de montrer. L’engagement de l’étudiant dans l’activité d’apprentissage est capital.

Pour reprendre une formule chère à Marcel Lebrun « J’enseigne oui, mais apprennent ils ? » et ensuite il conclut avec « j’enseigne moins et ils apprennent mieux »[1] !

J’en conclue que développer une pédagogie active[2] ne peut que développer l’impact positif de l’apprentissage par les pairs.

[1] Marcel Lebrun : en ligne (consulté le 5/12/2013) : http://lebrunremy.be/WordPress/?p=586

[2] Active dans le sens où elle engage l’apprenant dans une activité pour développer son apprentissage.